Hier soir à 20h15, le Bundespräsident Christian Wulff s’est exprimé dans une interview sur ARD. Il refuse pour l’instant de démissionner et invite les Allemands à ne pas hurler avec les loups. Retour sur une polémique grandissante.
« Wulff » ne veut rien dire de spécial en allemand, mais mais j’y entends facilement « der Wolf » ou en anglais « the wolf », qui se prononce quasiment de la même manière.
A la tête de la Basse-Saxe (Niedersachsen), le land de Volkswagen, à partir de 2003, le jeune loup au passé difficile a gravi tous les échelons, jusqu’au poste le plus honorifique de l’Etat, Bundespräsident, président de la République Fédérale d’Allemagne, dont il est le plus jeune titulaire. Ce conservateur modéré a jusqu’ici fait tout pour éviter les controverses, pour mieux se retrouver à présent savamment empêtré dans une superbe polémique.
Alors qu’il était ministre-président de Basse-Saxe, Wulff a bénéficié d’un prêt très avantageux de 500 000 euros de la part de l’épouse d’un homme d’affaires de Basse-Saxe, Egon Geerkens, un ami de longue date, avec lequel il a aussi passé de nombreuses vacances. Début 2010, ce prêt privé a été remplacé par un prêt bancaire à un taux très avantageux. Des soupçons de corruption ont vu le jour dans les médias, face auxquels Herr Wulff a tout d’abord opposé un silence très éloquent. Voyant qu’il risquait d’y avoir un loup, il a cependant fait, dans un moment de panique, la chose la plus stupide qu’il pouvait faire. Il a appelé le rédacteur en chef de Bild , Kai Diekmann et a laissé un message furibond sur son téléphone portable, le menaçant de poursuites judiciaires s’il publiait les révélations qu’il avait à faire sur le fameux crédit, allant jusqu’à affirmer être prêt à entrer en guerre avec son quotidien (le plus lu et influent en Allemagne, soit dit en passant). Il s’est vite rendu compte de sa magnifique bourde, s’est excusé et a déclaré qu’il voulait seulement retarder la publication dudit article, mais le mal était fait, il avait fait entrer le loup dans la bergerie de sa vie privée. Non content d’explorer les moindres détails de son passé financier, la Bild Zeitung s’apprêterait à révéler des éléments croustillants du passé de sa femme Bettina. Toujours est-il qu’un nouveau mot est entré dans la langue allemande: wulffen , laisser des messages furibards sur un répondeur, menacer quelqu’un par téléphone. Tandis que circule sur Twitter le tag #wulfffilm et que chacun s’évertue à trouver le meilleur titre de film pour parodier la situation (helmi: « No country for young presidents », etc.) et que Postillon s’en donne à cœur joie.
On a accusé Wulff d’employer la « Salamitaktik » – un comble pour le président du pays de la Wurst – autrement dit de reconnaître rétrospectivement tranche de vérité après tranche de vérité, au lieu de cracher le morceau de sa propre initiative. Jetzt geht’s um die Wurst (« it’s now or never ! », « il joue son va-tout » «). It’s all about the sausage of truth…
Ah vraiment, l’homme est un loup pour l’homme…
P.S.: si vous voulez plus de détails sur l’affaire, allez voir l’article de Caroline sur le sujet. On n’a pas (encore) les détails du fameux message téléphonique, mais une savoureuse parodie circule sur le net.

Les liens sont très drôles!!
Très chouette compilation et bien plus que ça : un article bien sympa à lire sur le sujet avec quelques belles trouvailles linguistiques pour soutenir le propos ! je suis un peu dégoûté pour « wulffen », j’ai entendu ça hier et je comptais en parler, bon bah tu as pris les devants mais de fort belle façon.
Merci JM!
Tu sais, je n’ai pas le monopole des buzz. « Wulffen » est une bien belle trouvaille, qui mérite d’être partagée et je serais ravie de lire ton point de vue sur cette histoire rocambolesque.
L’article du Postillon d’aujourd’hui sur le « bad president » est tout simplement mythique :-)
Excellent! Le grand méchant loup à Laidevue qui débarrasse l’Allemagne et son président de tous leurs péchés, mais bien sûr, voilà la solution!
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