
Image trouvée sur le site www.standard-time.com
Tic, tac, en cherchant à tuer le temps, à la fois bien trop vide et bien trop plein ces deux dernières semaines, j’ai fait une heureuse découverte sur le site de Didier www.berlin.equipier.com, que j’ai ensuite retrouvée un peu partout sur Internet, mais sans aucune information plus précise. J’ai donc fait quelques recherches.
Il s’agit d’une horloge « digitale » non-mécanique de 4 x 12 m faite de planches de bois que vous pouvez voir se construire et déconstruire en temps réel pendant 24 heures. Elle est l’oeuvre de Mark Formanek et fut réalisée par Datenstrudel, en collaboration avec Bigfish GmbH. Vous trouverez la vidéo, assez fascinante, ici. Elle a été réalisée en 2007 près de la Fischerinsel (voilà l’endroit exact). Il a fallu 70 personnes, qui ont dû déplacer les planches qui la forment pas moins de 1611 fois. On peut à présent acheter le dvd et frimer en regardant son horloge-film égrainer les heures sur un écran plat dernier cri au milieu du salon. Ou tout simplement la regarder en temps réel sur internet, sur http://clock.msurma.net. La vidéo n’est pas en direct, il s’agit d’un code PHP combiné à du Javascript qui récupère l’heure de votre ordinateur pour afficher la bonne heure via FlowPlayer (paraît-il). Vous trouverez plus d’infos et notamment un making-of sur le site de Standard Time et dans cet article de Die Zeit.
Par essence, le temps est invisible, insaisissable, mouvant, évanescent, et difficile, voir impossible à représenter. J’ai toujours aimé les horloges, leur tic-tac berçant, rassurant. Le théoricien anglais Frank Kermode en parle avec une clarté évidente dans The Sense of an Ending, en liant ce tic-tac incessant et toujours renouvelé à notre besoin de fiction. Selon lui, tic est une modeste genèse et tac une brève apocalypse. Entre les deux se déroule une histoire minuscule et c’est le propre de l’humain que de remplir et donner sens à ces intervalles entre tic et tac, sans quoi notre vie ne serait qu’une succession vide et insensée.
J’ai toujours préféré les horloges analogiques, rondes, cycliques, suivant le rythme des jours et des saisons, et dotées d’une dimension apaisante, réflexive, presque sacrée, à l’image des anciens mandalas. Les horloges digitales nous donnent l’image d’un temps sériel, entropique, constitué d’une suite continue et irréversible de chiffres, beaucoup plus froide et mécanique. Mais j’aime bien l’horloge de Mark Formanek, qui symbolise bien le rapport humain au temps, fait d’absurde, de vulnérabilité, de créativité, d’efforts communs, et quel meilleur endroit que Berlin, cette ville en perpétuel chantier, pour l’implanter? Construire une horloge, pousser le rocher de Sisyphe jusqu’au sommet du Teufelsberg, compter les moutons de Panurge, cueillir le soleil et les étoiles, chacun sa façon de tracer son sillon, de remplir le tic-tac, de s’improviser funambule du fil des Parques…




Merci pour tous vos commentaires, j’ai appris plein de choses grâce à vous. J’écrirai bientôt un article à ce sujet. Mais pour l’instant, je m’apprête à quitter le sol berlinois pour une destination mystère dont je vous parlerai certainement très bientôt. Bonne journée à tous!
